La iatrogénie – Si les patiens savaient…

La iatrogénie médicamenteuse, derrière ce terme un peu barbare se cache une réalité rencontrée quotidiennement parmi les professionnels de santé.

Les accidents liés aux médicaments sont responsables de plus de 10 000 décès chaque année, soit 3x le nombre de morts liés aux accidents de la route et représentent également plus de 130.000 hospitalisations par an.

B. BEGAUD et D. COSTAGLIOLA ; Rapport sur la surveillance et le bon usage des médicaments en France ; septembre 2013 ; La Documentation Française

Cela représente un coût humain inestimable et un bilan économique catastrophique pour notre système de santé. Ce phénomène porte le nom de risque iatrogénique, ou iatrogénie médicamenteuse.

Comment aider les patients à bien prendre leurs traitements ?

C’est une des principales questions à se poser en tant que professionnel de santé, tant du côté de la prescription chez le médecin que du côté de la délivrance à la pharmacie.
La iatrogénie médicamenteuse ou risque iatrogénique est définie selon le site de l’assurance maladie comme :

“…L’ensemble des effets indésirables provoqués par la prise d’un ou plusieurs médicaments.”

Quelles sont les personnes les plus exposées à la iatrogénie médicamenteuse?

Évidemment cela peut toucher n’importe quelle personne suivant un traitement. Les causes sont multiples et aussi variées que le nombre personne sous traitement, cependant voici les principales :
– arrêt prématuré d’un traitement sans concertation avec le pharmacien ou le médecin,
– Prise d’une double dose pour compenser un oubli
– interaction entre plusieurs médicaments lorsqu’un patient suit plusieurs traitements à la fois.

Les patients de plus de 65 ans sont en général les plus concernés, car statistiquement c’est à partir de cet âge que l’on consomme le plus de médicaments.
Diabète, troubles cardiaques, troubles respiratoires, hypertension artérielle : nombreux sont ceux qui cumulent les traitements dans le cadre de leur suivi thérapeutique.

Pour faire simple, chaque médicament apporte son lot de bénéfices dans l’objectif de traiter une pathologie spécifique. Quand un patient souffre de plusieurs pathologies et doit suivre plusieurs traitements avec prise de médicaments, le mélange de ces médicaments peut devenir néfaste, c’est alors qu’on parle de iatrogénie médicamenteuse et de mauvaise observance thérapeutique.

Un des derniers rapports de l’INSEE publié en novembre 2021 indique que la France est engagée dans un processus de transition démographique caractérisée par un vieillissement de sa population. La population française compterait 68,1 millions de personnes en 2070, ce qui représenterait une augmentation de 700 000 personnes de plus par rapport à 2021. Boostée par la hausse du nombre des personnes de 75 ans ou plus, la proportion des personnes de 65 ans ou plus dans la population augmenterait aussi fortement, passant de 21% en 2021 à 29% en 2070.

Mécaniquement, le vieillissement de la population induirait un nombre croissant de patients souffrants de plusieurs pathologies en donc suivant plusieurs traitements médicamenteux simultanément, avec au moins cinq molécules différentes par ordonnance.
Ce sujet est pris au sérieux par tous les acteurs de la chaîne de santé, et on le voit déjà comme un enjeu majeur de santé publique.

Comment réduire le risque que représente la iatrogénie ?

Pour réduire les risques d’accidents médicamenteux, il faut d’abord de l’éducation thérapeutique, des campagnes d’information sur le bon usage des médicaments à destination du grand public.
Au-delà, c’est un suivi individualisé des professionnels de santé avec les patients concernés qui peut faire la différence. Une communication renforcée sur les traitements des patients entre professionnels de santé via des outils informatiques sécurisés, peut favoriser le bon partage de l’information pour un meilleur suivi des patients, on parle alors de conciliation médicamenteuse.

La conciliation médicamenteuse, devient donc un enjeu clé pour la sécurité du patient.  Celle-ci se veut préventive afin de réduire le risque d’erreurs liées aux médicaments, dans le but de garantir la continuité de la prise en charge médicamenteuse du patient dans son parcours de soins.

C’est notamment dans ce contexte que le bilan partagé de médication (BPM), adressé aux patients de plus de 65 ans (qui présentent une affection de longue durée (ALD)) et aux patients de plus de 75 ans (avec plus de 5 traitements chroniques, avec une prescription sur une durée de plus de 6 mois), est réalisable en pharmacie depuis la parution de l’arrêté du 9 mars 2018 portant approbation de l’avenant 12 à la Convention nationale du 4 mai 2012.

Le BPM c’est quoi?

La Haute Autorité de Santé (HAS) définit le Bilan Partagé de Médication (BPM) comme « une analyse critique structurée des médicaments du patient dans l’objectif d’établir un consensus avec le patient concernant son traitement ».
L’objectif du BPM est de réduire le risque des effets indésirables liés aux médicaments, de donner des réponses aux questions du patient concernant ses traitements et d’améliorer l’observance thérapeutique.

Concrètement le pharmacien réalise un RDV en 4 étapes avec le patient :

1. Recueil des informations du patient /

  • Objectifs du BPM, lien avec le médecin traitant
  • Recueil des informations générales sur le patient, ses antécédents médicaux, ses habitudes de vie
  • Réaliser un état des lieux des connaissances du patient sur ses médicaments prescrits ou non

2. L’analyse des traitements du patient avec transmission des conclusions au médecin traitant

3. L’entretien conseil avec le patient
Temps privilégié d’échange avec le patient permettant au pharmacien de revenir sur les interventions pharmaceutiques réalisées en concertation avec le médecin traitant, de remettre au patient un plan de posologie et les conseils associés et de répondre à ses questions ou inquiétudes.

4. Les entretiens de suivi d’observance
C’est aussi à ce moment que le pharmacien réalise un bilan d’observance du patient grâce au score de Girerd, afin de déterminer si le patient est observant ou non.

  • Bonne observance : score = 6
  • Faible observance : score = 4 ou 5
  • Non observance : score <= 3

En conclusion, réduire la iatrogénie médicamenteuse représente aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique.
La conciliation médicamenteuse incluant le bilan partagé de médication sont des éléments clés dans la détection et la correction d’erreurs médicamenteuses. Ces outils répondent à la nécessité de replacer le patient au centre de son parcours de soins et de renforcer la collaboration entre professionnels de santé.
Resofficine accompagne les pharmaciens qui mettent les patients au cœur du développement de leur officine, en proposant des services favorisant le temps avec les patients.

 

Sources
LEEM
Synapse Med
OMEDIT
INSEE
AMELI
20minutes
Legifrance